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SCIJ 50 ans, Jeseniky, CZE

Dans le roman de Thomas Mann "La montagne magique", qui se déroule une dizaine d'années avant la première guerre mondiale, Hans Castorp va rendre visite à son cousin Joachim au sanatorium de Berghof. Au fur et à mesure que le train poursuit sa route dans le paysage montagneux, Hans se détache de sa vie habituelle et de son lot d'obligations et s'apprête à entrer dans le monde clos de la montagne et dans l'univers insulaire du sanatorium.

Le long voyage qui nous a menés de chez nous à Prague, puis à Olomouc et enfin au sanatorium Priessnitz à Jeseniky nous a éloignés de la guerre et des bombes pour nous amener vers une incarnation de l'eau beaucoup plus accueillante que le  tsunami: la neige, qui embellit tout.

Samedi
Olomouc nous a accueillis avec de courtes allocutions du maire et des représentants de l'office du tourisme et par un vidéo un peu long, mais intéressant, sur la région.
Une excellente version tchèque du smorgasbord et la meilleure bière au monde ont célébré l'occasion.
Mais les Tchèques ont jugé que cela ne suffirait pas à nous dépayser. À la nuit tombante, nous nous sommes rendus en procession jusqu'à la Grand place pour assister à un spectacle donné par des étudiants. L'histoire est celle d'un authentique sportif qui a consacré toute sa vie à devenir un champion de ski. Il se nourrit, se lave, s'entraîne, dort en fonction du ski et n'ôte jamais ses skis ni son casque. Pour quoi faire? Il ne se soucie de rien ni de personne.
Nous avons dû passer le reste de la semaine à jurer que nous n'étions pas la source d'inspiration de ce personnage…
Un feu d'artifice splendide, orchestré de main de maître avec une alternance de moments forts et d'autres plus calmes, genre toccata et fugue de Bach à la puissance dix, nous a été servi en apéritif d'un superbe dîner sur fond de musique traditionnelle.

Dimanche
Par un temps froid et ensoleillé nos hôtes, habillés comme des notables Romains, ont tenté de nous faire mettre en ligne derrière sept porteurs de bannières. Mission impossible. Inutile d'essayer d'envoyer des journalistes dans une seule et même direction… sauf si c'est sur la piste d'un scandale.
Quoi qu'il en soit, chaque groupe se fit remettre un feuillet imprimé avec plusieurs photos des divers recoins de la ville. Un jeu de piste! Exactement comme dans une fête d'anniversaire enfantine. Les journalistes SONT d'éternels enfants. Une façon habile de nous faire découvrir les hauts lieux culturels de la ville comme la cathédrale St.Wenceslas et le palais Premyslid, où Mozart composa sa 6ème Symphonie, ou encore la colonne de la Sainte Trinité qui figure sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO (pour une visite virtuelle, voyez  http://www.discoverczech.com/olomouc )

Après le déjeuner, nous  nous sommes divisés en trois groupes, le premier allant à la fromagerie de Lostice, le second à la fonderie de cloches de Brodek et le troisième à la fabrique de  papier de Velké Losiny. Ceux qui sont allés à Brodek ont eu l'occasion de jouer d'un rare instrument à clavier actionnant 21 cloches différentes. Les pianistes émérites que sont Morten Golimo et Jean McLeish n'étant pas du nombre, les riverains ont dû endurer nos pathétiques tentatives de jouer la "Lettre à Élise", "Cat's polka" et autres airs plus ou moins méconnaissables.

Dimanche après-midi, le temps s'est arrêté tandis que nous traversions le tranquille paysage de la Moravie pour finalement arriver à l'hôtel Jan Ripper et au sanatorium Priessnizt à Jeseniky.
La cérémonie d'accueil nous a remis en mémoire la violence qui se poursuit hors de notre petit monde de paix et d'amitié. Les canons et les mousquets d'un détachement à l'ancienne nous ont presque rendu sourds, mais le vin chaud et l'excellent goulash nous ont donné la force de surmonter le bruit et le froid.

Un peu plus tard, bain tourbillon, massage et piscine nous ont transportés dans un état de douce indifférence. Le "Café de la presse", bien organisé, a permis à certains d'entre nous de garder le contact avec la réalité. 

Lundi
Premier jour de ski à Cervenohorske sedlo! Deux pistes rouges et surtout une piste noire à bosses du mauvais côté de la route ont empêché la plupart d'entre nous d'assister au spectacle de ski acrobatique donné par Ales Valenta, champion olympique à Salt Lake City, et ses acolytes.

Hans Castor est rapidement fasciné et absorbé par la routine établie pour les malades de la "consomption"  et par la vie sociale de la Montagne magique. La vie ordinaire lui semble de plus en plus irréelle.  (Thomas Mann: La montagne magique)

Ce soir là, la Soirée des nations a fait son office: créer des contacts entre les gens…ou était-ce avec Nokia? En tout cas, l'excellente ambiance nous a tous mis dans l'esprit du SCIJ, y compris les 25 nouveaux membres qui furent présentés de façon officielle, mais informelle. La vie ordinaire nous semblait de plus en plus irréelle.

Mardi
À cinq heures du matin, les sportifs et sportives fanatiques se sont levés pour aller humer l'air, relever la température ambiante et celle de la neige et faire sur leurs ordinateurs de savantes analyse et prévisions des conditions probables au moment où ils allaient prendre le départ…. À moins qu'ils n'aient été les derniers fêtards à revenir de la discothèque. Il se peut que certains aient glissé dans la cour enneigée et aient feint d'analyser la composition de la neige.

Une superbe piste de slalom géant nous attendait à Dolní Morava. Le plus difficile était d'y accéder, jusqu'à ce que le tire-fesses soit déclaré réservé aux journalistes.  Le tracé était long et intéressant, assez rapide pour les bons skieurs, assez facile pour les moins bons. Mais il manquait une dizaine de portes.  Certaines sections du parcours ressemblaient à un Super géant. Sans rancune, mais certains virages s'enchaînaient beaucoup trop vite tandis que d'autres s'étiraient avec une lenteur extrême, et le dernier droit en pente douce faisait perdre tout élan (quel chiâleur!).
Les gagnants de l'an dernier auraient encore gagné s'ils s'étaient présentés. Quelque 70 ont fait faux bond, mais ceux qui ont pris part à la course ont véritablement mérité leurs médailles. La brillante Amelie Cardell, de Suède, occupait le haut du podium féminin, accompagnée de la Slovène Barbara Jerman et de l'Italienne Monica Bonetti. Tel que prédit par les bookmakers londoniens, l'Allemand Ralf Scheuerer l'a emporté chez les hommes, suivi par le Suisse  Miguel Aquiso et l'Italien Alessandro Corbi.
C'était un vrai plaisir de regarder Ralf dévaler les bosses de la piste noire couverte d'un demi-mètre de poudreuse le vendredi. Un vrai skieur aime toutes les conditions. L'Italienne Isabella Villa a dominé chez les seniors et se serait classée troisième chez les juniors.
Premier dans la catégorie seniors, Albreht Matjas aurait eu l'argent chez les juniors.
Chez les super-seniors, la Slovaque Maria Tolnayova et l'Autrichien Franz Goritschnig ont triomphé comme l'an dernier. Le tracé était un peu différent pour eux, mais en temps Franz serait arrivé second dans les deux autres catégories.

Le soir, l'Assemblée générale a commencé par trois minutes de silence en mémoire de Marcel Pasche, Tore Johannessen et Carlos Pardo, défunt président du SCIJ Espagnol.
Agneta Bolme-Borjeforss et Uros Sostaric ont été réélus vice-présidents pour un nouveau mandat de quatre ans. Le Français Renaud Richebe était candidat mais s'est retiré face à Agneta après avoir été défait d'une voix face à Uros. Le seul poste qui l'intéressait était celui de délégué technique.
Les annulations de dernière minute ont fait l'objet d'une sérieuse discussion. Soixante-dix personnes ont annulé leur participation, un chiffre sans précédent qui incite à se poser des questions sur les motifs invoqués. Le contrat passé avec l'hôtel ayant été établi sur la base de 200 participants, le SCIJ doit payer pour 200 personnes, à partir des sommes versées par ceux qui se sont effectivement présentés.
À l'avenir, les frais de participation devront être acquittés à l'avance et puisque le SCIJ semble être considéré par certains comme une agence de voyage, les coûts d'annulation devraient être les mêmes que ceux qu'appliquent les agences.

Mercredi
Les hurlements du vent et des bourrasques de neige à l'horizontale nous ont salués au matin. Le bus en partance pour la station de ski de Ramzová n'était qu'à moitié plein. Ceux qui étaient à bord ont été récompensés par une magnifique poudreuse qui leur a même rendu tolérable le froid mordant.
Certains d'entre nous ont plutôt parcouru la ville à pied et profité de ce jour de congé pour prendre l'air ambiant, faire des courses et déjeuner dans un restaurant typique. Tom Scheck s'est chargé de faire le guide et grâce à sa connaissance de la culture locale, nous nous sentions en parfaite sécurité.

En fin d'après-midi un autobus s'est lancé à l'aventure dans la nuit tombante et les rafales de neige en direction de Na Spicaku, pour un concert de clarinette à la mémoire de Marcel Pasche. Nous avons d'abord fait fausse route et avons dû rebrousser chemin. Puis le chauffeur a jugé la route trop étroite et nous a conseillé de parcourir à pied –en chaussures de ville!—les derniers 400 mètres. La nuit noire, la neige qui s'accumulait, la peur des loups et loups-garous nous en ont dissuadés. Quelques organisateurs téméraires se sont portés volontaires pour aller à pied chercher les musiciens et leur demander de venir nous rejoindre dans le bus et de donner leur concert à Priessnitz. Deux minutes plus tard, ces braves étaient de retour et convainquaient le chauffeur de nous conduire à bon port. Avec Marcel pour ange gardien, nous nous sommes finalement rendus à destination où  Scott Joplin, Cole Porter et Brahms nous ont remis d'aplomb. Le voyage de retour fut nettement plus joyeux.

Le Think Tank fut encore une fois l'occasion de débattre de l'avenir du SCIJ. Agneta se chargera d'en faire le compte-rendu.

Jeudi
Charmante journée. Seulement quatre kilomètres en bus pour se rendre de l'hôtel  au parcours de ski de fond. Pas de vent, quelques flocons tombant doucement sur le vieux complexe de l'Armée Rouge pour le rendre presque accueillant. L'immense hall qui abritait naguère l'arsenal de la puissance occupante nous a servi d'abri. Le tracé était facile, presque plat, et la course s'est terminée très rapidement. L'hyper senior Franco Sitton a pris un raccourci par erreur, s'est rendu compte que son temps était anormalement bon, a repris le départ et a gagné l'or. La traditionnelle soupe aux pois hollandaise et le hard tea ont récompensé tous les participants, rapides et lents.

Vendredi
Ski libre toute la journée. Certains d'entre nous se sont éclatés toute la matinée dans un demi-mètre de poudreuse sur les bosses de la piste noire de Cervenohorske sedlo. Pendant ce temps, Sergio Carmona s'amusait à enseigner aux Argentins comment skier à reculons et faire des virages à 360° sur la piste bleue. Les masochistes sont allés se balader en raquettes avec le député européen et chef du gouvernement régional local, Jan Brezina. Chacun ses goûts!

Le dîner de gala du dernier soir, la remise des prix aux meilleurs skieurs et autres Super Gentils Membres, plus l'orchestre Pangea qui sonnait plus authentique que les Beatles eux-mêmes, ont porté l'ambiance à de nouveaux sommets et mené à des danses endiablées  jusqu'à ce que les embrassades des premiers départs sèment la mélancolie  à l'idée de se séparer pour toute une autre année, en sachant que les minutes de silence à l'Assemblée générale se font de plus en plus longues et qu'il y a bien d'autres vieux amis qu'on ne reverra peut-être pas, pour d'autres raisons.

Samedi
Hans Castorp reste sept ans au sanatorium, libéré des contraintes et des conventions de la vie "dans les plaines" et absorbé dans un profond "questionnement de l'univers". (Thomas Mann: La montagne magique)

Quelle idée libératrice que de s'exonérer des exigences de la vie quotidienne! Être complètement pris en charge. Se faire réveiller à sept heures, petit-déjeuner, trois heures de ski, déjeuner, deux heures de ski, bain tourbillon, dîner, discothèque et au lit. Même chose le lendemain, et le surlendemain, et le jour d'après, pendant sept ans...
Mais rien qu'une semaine dans la même station de ski peut quelquefois être trop longue pour un journaliste.
Alors le premier bus est parti à trois heures du matin, le second une heure plus tard. Corinne Lepoutre et Peter de Kievith sont montés en voiture pour leur voyage de retour de mille kilomètres vers Amsterdam.
Nous, les chanceux, n'avons quitté Jeseniky qu'à 10 heures pour notre post-tour de trois jours dans la merveilleuse ville de Prague. Mais pour utiliser un vieux  cliché:  ceci est une autre histoire.

Pac a pusu Radka, Hana, Lucka, Karolina, Mirka, Jaroslava......

Rauli Storm